SIGURD - Concertonet
"C’est Catherine Hunold qui s’impose dès lors comme le centre de l’attention, les duos avec Hilda puis Sigurd à la fin de l’œuvre et surtout la grande scène de déploration de l’acte 4 («O terre, engloutis-moi!») lui offrant un terrain propice au développement d’un rôle grandiose. Impressionnante dans sa robe drapée de soie rouge mat, sans bouger un cil, elle investit d’abord son personnage d’une présence irradiante en silence, puis son chant, loin de l’éclat de javelots attendu d’une walkyrie, se nourrit d’un médium riche et tendre dans la nuance piano majoritairement employée, et le crescendo dramatique jusqu’à la fin de l’opéra prend alors tout son sens. La soprano mentonnaise fait de Brunehild une sœur de Cassandre et Didon, voire d’Alceste, et nous abreuve d’un son mordoré, la voix tendue comme une grand-voile, au souffle infini, à la diction splendide, affrontant crânement l’ambitus crucifiant de l’héroïne sacrifiée qui devant nous s’embrase et nous laisse médusés.
Cette soirée prouve que Sigurd mérite à l’évidence d’être entendu sans être défiguré par les coupures. On espère qu’après les productions de 1993 et 1994 à Montpellier, on le reverra dans une production scénique où un grand ténor francophone épaulera la Brunehild anthologique de Catherine Hunold. Erfurt l’a osé en 2015. Qui le fera en France?"
Philippe MANOLI